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Écrit par Super Utilisateur

POSITION CONFÉDÉRATION PAYSANNE

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Méthanisation : note de positionnement syndical

 

A. Un levier de transition énergétique parmi beaucoup d’autres

L’accélération exponentielle incontestée du réchauffement climatique liée à l’activité humaine par l’utilisation inconsidérée des ressources fossiles, avec toutes les conséquences envisagées sur notre propre espèce même, nous obligent inévitablement à entrer dans la transition énergétique. L’alternative principale développée jusqu’à aujourd’hui fait principalement appel à la technologie nucléaire, laquelle est aussi une bombe à retardement et provient d’un minerai aux stocks limités et aux conditions d’extraction plus que discutables...

Aussi, avant de s’emballer tout azimut vers d’autres infrastructures énergétiques, le préalable indispensable est d’engager un travail de grande ampleur pour diminuer, rationaliser et modifier nos consommations d’énergie. Dès lors, toutes ressources d’énergie renouvelable et ayant un impact limité sur l’environnement méritent d’être étudiées et développées pour se substituer à nos besoins "incompressibles".

A ce titre, le développement d’une méthanisation réfléchie peut s’ajouter aux autres ressources "vertes" que sont l’hydraulique, le solaire, l’éolien et le bois-énergie. A l’aune de cette démarche, la pertinence d’un projet de méthaniseur ne se mesurera qu’après avoir développé à l’échelle de nos exploitations des systèmes agricoles économes, équilibrés, cohérents et avec un bilan énergétique net solide.

La méthanisation telle qu’elle est portée par notre ministre de l’agriculture, déconnectée d’une remise en cause des orientations et des politiques agricoles n’aura pour seul effet que de satisfaire son égo mais ne résoudra ni les problèmes d’enjeux de l’avenir de la paysannerie ni ceux de la nécessaire transition énergétique. Sans volonté politique forte pour changer le rôle et la place du capitalisme dans notre modèle sociétal, toute innovation, si vertueuse soit elle au départ, risque de se faire rattraper par des intérêts personnels plus que communs. C’est ainsi que la méthanisation financière prend déjà le pas sur la méthanisation écologique.

La Confédération Paysanne continuera à dénoncer ces dérives et militer pour une autre société.

 

 B. Positionnement point par point

2 préalables :

1. la biomasse produite sur la ferme (production végétale qui comprend aussi le bois, les pailles, les fibres telles que que le lin ou le chanvre) doit être destinée prioritairement à l’alimentation et couvrir l’autonomie régionale, particulièrement en protéines avant d’envisager d’autres destinations. Cette production végétale peut être utilisée pour produire de l’énergie s’il s’agit de sous-produits de l’agriculture qui ne peuvent servir à l’alimentation humaine ou animale : effluents, bois de haie, taillis…

2. les aides destinées à soutenir la production d’énergie sur la ferme ne doivent pas être puisées sur des fonds d’aides agricoles. Les aides agricoles doivent être sanctuarisées à l’agriculture et ne pas être détournées par le secteur de production d’énergie. Les soutiens publics doivent être conditionnés dans le temps (conditionnés à la non introduction de cultures dédiées à l’alimentation dans le cas de la méthanisation, par exemple).

La Confédération Paysanne prend pleinement la mesure des risques à moyen et long terme du développement d’une multiplicité de projets de méthanisation et l’alimenréaffirme être contre l’introduction de cultures dédiées à l'alimentation (type maïs) pour faire fonctionner ces outils. Même si, lorsqu’ils sont présentés, les projets de méthaniseurs n’incluent pas l’utilisation de cultures dédiées pour fonctionner, nous constatons que les couverts végétaux et les inter-cultures sont déjà convoités. Qu’en sera-t-il quand les investissements seront réalisés, si les matières méthanogènes prévues initialement viennent à manquer ou ne sont pas équilibrées ?

La Confédération Paysanne ne cautionne pas l’industrialisation de l’élevage pensé pour faire fonctionner la méthanisation ; nous appelons à la vigilance tout au long de la vie des projets et préconisons l’application stricte des conditions suivantes :

 

1. Implication des paysans :

  • les paysans ne doivent pas être de simples apporteurs de matières premières, ils doivent au moins disposer d’une minorité de blocage dans les instances de décision du dispositif ;
  • les paysans doivent s’engager dans une démarche d’économie d’énergie et de recherche d’autonomie (utilisation du bio gaz pour les tracteurs et l’industrie locale par exemple) ;
  • en cas de transmission, les paysans doivent veiller à ce que le montant de reprise ne soit pas prohibitif: le développement des outils de méthanisation ne doit pas nuire au renouvellement des générations.
  • le projet doit faire apparaître la création de nouveaux emplois et, au minimum, le maintien dans le temps de l’emploi agricole pour l’ensemble des exploitations concernées par le projet.

 

2. Implication des autres acteurs :

  • les consommateurs de l’énergie produite doivent s’engager formellement dans le temps sur des quantités et des montants de reprise ;
  • les banques doivent s’engager auprès des paysans sur toute la durée d’exploitation du méthaniseur ;
  • l’implication des acteurs locaux, et notamment des élus, doit être effective dans les projets. La méthanisation doit être utilisée comme un outil de réflexion territoriale globale : des démarches d’économie d’énergie doivent-être engagées à l’échelon territorial pour faire entrer les projets de méthanisation dans un cercle vertueux.

 

3. Cohérence territoriale :

  • la gestion des autorisations de mise en oeuvre des projets doit être gérée au niveau régional pour tenir compte de la dimension des méthaniseurs déjà en place et de la nature de leur consommation de matière entrante. Ceci afin de limiter les effets de concurrence et garantir un développement cohérent des projets sur le territoire ;
  • les outils de surveillance et d’encadrement des prix du foncier doivent être renforcés sur les secteurs concernés par un projet de méthanisation ;
  • le  territoire doit être apte à valoriser l’énergie produite (chaleur, gaz, électricité).

 

4. Cohérence environnementale :

  • le projet doit faire apparaître un bilan énergétique et un bilan carbone positif.
  • La Confédération Paysanne porte une attention particulière aux outils de méthanisation surdimensionnés qui multiplient les allées et venues des matières entrantes et du digestat sur des distances importantes.
  • L’incorporation d’engrais verts ou d’inter-cultures n’est tolérable que si la valeur intrinsèque des sols concernés est déjà satisfaisante (MO, structure) au risque de les dégrader encore plus et d’accentuer les problèmes de lessivage et d’érosion. La vigilance s’impose d’autant plus qu’il n’y a pas de recul de l’utilisation du digestat comme seul amendement et fertilisant sur l’évolution des sols (MO, structure).
  • la gestion des épandages de digestat doit être parfaitement maîtrisée. La méthanisation n’est pas une solution pour régler le problème des nitrates.
  • le projet doit être la source d’un rééquilibrage de la balance minérale à l’échelon du territoire,
  • des contrôles sanitaires indépendants doivent être réalisés sur les matières entrantes et sur le digestat.